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dimanche 3 avril 2011

Dernière ligne droite : les rats vont-ils se décider à quitter le navire ?

 Le résultat des cantonales a mis des chiffres sur ce que de nombreux analystes politiques prédisaient depuis plusieurs mois. Les dernières manœuvres politiques menées depuis l’Élysée n’ont, au mieux, pas réussi à ramener le vote populaire vers l’UMP, au pire, revigoré le FN à un niveau jamais vu depuis 2002.
Reste seulement à ne pas occulter l’effet prévisible d’une crise économique sur le vote populiste, cela par pur plaisir de souligner la torgnole que vient de se prendre le président. Autre chose à ne pas occulter : la progression du PS qui aurait pu (du ?) être bien plus importante si le parti s’était mis en ordre de bataille pour faire des cantonales autre chose qu’une élection à plus de 50% d’abstentionnistes (les vrais vainqueurs, il ne faudrait pas mettre ça sous le tapis).

Et maintenant, la panique commence à monter, lentement mais sûrement, du côté du premier parti de France (enfin, de celui qui se plaît à se faire appeler ainsi vu que personne ne connaît vraiment le nombre d’adhérents, spéciale dédicace au prestidigitateur Xavier Bertrand).
On ne nous fera pas croire que les députés et ministres paniquent à cause de la menace que fait porter le FN sur la république. Ils voient seulement avec une peur grandissante la présidentielle, et surtout les législatives 2012, s’approcher à grands pas tandis que leur champion creuse toujours plus profonds les abysses des sondages d’opinion. D’où les « prises de position courageuses », les « appels à un changement de politique » et autres « postures républicaines » qui ne sont rien d’autres que les petites tentatives de cumulards apeurés pour se protéger d’une défaite annoncée.

Il y a toujours des risques à l'ouvrir.
Une fois de plus, difficile de ne pas passer sa rage sur le petit mobilier (ou la vaisselle, à vous de voir) lorsqu’on est témoin d’un tel manque de courage et de probité politique. On finit par rêver du jour où certains hommes politiques de droite honnêtes (ne rigolez pas) seront capables de dire clairement qu’ils ne se reconnaissent pas dans une politique dictée par un ancien directeur du journal Minute et qu’en conséquence ils ne peuvent donc plus soutenir un parti/gouvernement/président qui ne peut plus se soulager sans que M. Buisson ne la lui tienne.
En attendant, il semble surtout que l’ensemble de la majorité s’entraîne au grand écart : avoir l’air le plus éloigné possible du président tout en gardant un pied bien ancré au sein de son parti. Entre Borloo qui fait surtout monter les enchères pour ne pas se présenter et Villepin qui va finir par prendre le petit déj’ à l’Elysée tous les matins, c’est à se frapper la tête contre les murs…

Grande question : un bouleversement du paysage politique est-il possible à droite ? Y aura-t-il un Dark Vador (ou Darth Vader pour nos amis puristes) pour se rebeller contre l’Empereur au dernier moment ? Ou, tels une bande de lemmings abrutis, iront-ils tous se jeter en file indienne dans le gouffre que le premier d’entre eux aura creusé ?

Les effets de la tentation du vote FN sur le teint sont assez désastreux.
Personnellement, j’ai tendance à croire que le mince espoir d’une victoire sur le fil de Sarkozy suffira à conserver l’unité de la famille et qu’il faudra attendre la probable défaite aux élections pour assister à l’éclatement de la machine à perdre. Dans un déchaînement de rivalités sordides, cela va sans dire. Messieurs Copé et Fillon aiguisent déjà leurs lames en futurs Némésis qui se respectent. Reste à savoir qui est Superman et qui est Lex Luthor…

dimanche 20 février 2011

Révolutions à toutes les sauces.


Les révolutions sont à la mode en ce moment. Dans certaines parties du monde en tout cas.
En France, la question est sur toutes les lèvres du NPA au Parti de Gauche : le parfum de la révolution pourra-t-il un jour s’étendre jusqu’à nos vertes contrées ? Le peuple français se soulèvera-t-il comme un seul homme pour renverser le despote local ?
Intéressant d’imaginer que, dans la France d’aujourd’hui, certains continuent à appeler de leurs vœux un renversement et un changement de régime avec plus ou moins de dégâts collatéraux. Pourtant, de nos jours, « révolution » est un mot qui sonne très 18e siècle. Ou début du 20e au mieux. Facile dès lors de mettre toutes ces opinions de côté, au rayon « gentils passéistes » ou « vieux barbus abonné à Pif Gadget » (je tiens à dire que je n’ai rien contre ce noble magazine).

Mais c’est là que le bat blesse. Ignorer cette aspiration, c’est jeter un voile pudique sur une frange des électeurs qui ne se retrouvent pas dans le processus démocratique. Au point de porter tous leurs espoirs sur un avenir qui, il faut bien se l’avouer, n’a que bien peu de chances de se réaliser.
Quand la campagne présidentielle française se lance par un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, j’y verrais un symbole. Et pas un bon. Plutôt du niveau de la pluie de sauterelles ou d’une visite du Surfer d’Argent (qui annonce la venue de Galactus le dévoreur de planètes comme tout le monde le sait… hum).
Est-ce donc ça aujourd’hui le cœur du débat ? Populisme contre populisme ? Anti-immigration contre anti-journalisme ? Petites phrases sur la 2nde guerre mondiale contre soutien inconditionnel au régime chinois (contre le Tibet s’il le faut) ? On va se rassurer hein, c’est surtout du buzz, de l’occupation d’antenne facile et un petit jeu avec ceux qui se sont déjà déclarés dans la course à la présidentielle. Mais pas que. Et ça, les sondages le montrent bien. Comme dans toute l’Europe, le populisme a la côte et c’est un symptôme assez moche de la crise.

Un débat Mélenchon-Le Pen : je préfère encore un bonhomme argenté et tout nu philosophant sur la fin du monde.

Quel rapport entre populisme et révolution ? Depuis Poujade, le populisme français ne peut faire un programme sans promettre dedans une « rupture » (tiens, ça me rappelle quelque chose). Cette rupture prend racine dans le « Tous pourris » et promet la mise à bas de tous ceux ayant un jour posé le pied dans les institutions dirigeantes. Pourquoi ?
Parce que la situation économique est merdique et ne risque pas de s’améliorer. Tout le monde est relativement conscient que les acquis sociaux sont en voie de disparition. Surtout, localement, personne n’a de solution pour redresser la barre à court terme vu que tout se joue à l’international avec notre bien-aimé capitalisme mondialisé.
Et, en vrac, la sortie de l’Euro(pe), la nationalisation de toutes les banques, le rétablissement de la peine de mort ou l’interdiction pure et simple des plus hauts salaires sont des mesures « révolutionnaires » (c'est-à-dire à même de changer notre société en profondeur). Certains espèrent donc qu’elles seront capables de nous sortir de l’ornière où nous nous trouvons. Problème : les politiques actuels sont trop responsables pour aller chercher des « solutions » pareilles. Solution : qu’ils dégagent !
A menaces extrêmes, normal d’aller chercher des réponses « extrêmes », me direz-vous ? Évidemment non. Même si la tentation est grande chez les partis dits « de gouvernement » de jouer avec cette tendance, il est indispensable de conserver notre consensus républicain et démocratique. Si l’impératif moral n’est pas déjà une raison suffisante, il faut au moins être conscient que si la France se referme sur elle-même, elle ne fera que perdre les dernières forces qui lui restent : son appartenance à l’Europe et sa position de pays capitaliste et démocratique qui lui permettent de supporter pour l’instant la pression des marchés (compte tenu de son statut économique pas si enviable).

On aurait pas l'air con avec Marine Le Pen en couverture du Times.

Espérons-donc que le paysage politique français va s’éloigner rapidement des extrêmes pour recentrer les débats sur des questions réalistes et surtout démocratiques. Je reste persuadé que les politiques ont toute latitude pour réorienter les sujets et que la mode populiste actuelle vient surtout d’en haut et pas d’en bas.
C’est comme dans l’univers des loisirs et du divertissement, la meilleure excuse pour proposer du contenu pourri (crossovers à foison ou films en 3D sans scénario) est « Nous donnons aux clients ce qu’ils attendent ». Mais nous devons toujours répondre : « Plutôt que de leur donner ce qu’ils veulent, donnons leur ce qui est bon pour eux ».

Le niveau 0 de la politique.

Dis comme ça, je me rends compte que c’est un discours particulièrement élitiste voire méprisant. Mais les politiques devraient l’adopter pour notre bien à tous et à toutes. Vous êtes d’accord ?

mardi 14 décembre 2010

La théorie du complot et du con.

A votre avis, la société en général est-elle sur une pente ascendante ? Ou, au contraire, s’avance-t-elle à grands pas vers une apocalypse à gros budget (en 2012 bien sûr) ? Grande question, n’est-ce pas ?
De tout temps *mode dissertation de première*, l’humanité a balancé d’un côté puis de l’autre. Une confiance absolue dans le progrès et la capacité de l’homme à ne pas reproduire ses erreurs. Ou l’assurance qu’un passé lumineux est peu à peu remplacé par une chute glauque vers les ténèbres et le chaos. Une opposition comme nous les aimons tous, en mode Bien contre Mal, Jedi contre Sith ou… Steven Seagal contre Chuck Norris ?

En ce moment, en France et dans le monde, ce serait plutôt le côté « Fin du monde » qui l’emporte… Le moral des ménages, indicateur le plus déprimant qu’il soit, joue au yo-yo dans les tréfonds de l’échelle. Pour la première fois, il semblerait que l’espérance de vie ait baissé l’année passée aux USA. La crise est dans toutes les têtes et toutes les discussions, les jeunes sont des analphabètes casseurs multirécidivistes fan de Twilight et la planète sera bientôt un désert radioactif englouti sous les eaux et peuplé de vagabonds habillés en cuir (Mad Max, Ken le survivant, Fallout & co). Ça fait rêver quoi.

Le seul moyen de sauver notre avenir des jeunes.

La déprime à l’échelle planétaire est un concept assez flippant. Pour les quelques chanceux ayant pu côtoyer des personnes dépressives, vous savez que de la dépression à la parano il n’y a qu’un pas. Que les malades en question franchissent souvent d’un bond enjoué. Et lorsque c’est le monde qui déprime, la parano qui s’ensuit fait la taille d’un Mark Henry.
Conséquence immédiate : l’épidémie de théoriciens du complot persuadés que des millions de banquiers et diplomates juifs islamistes mormons supportant Obama infiltrent le gouvernement pour conquérir le monde/cacher des extraterrestres/voler nos femmes/manger nos enfants/détruire le capitalisme (rayez les mentions inutiles). Selon eux, si le monde va si mal, c’est bien que, dans l’ombre, chaque jour, certains se frottent les mains et ricanent machiavéliquement en observant les résultats de leur fabuleux plan. Logique.

Allégorie de la parano mondiale.

Le vrai problème, c’est que ce pessimisme et toutes ces théories très amusantes (faut avouer) poussent les gens à ne pas chercher de vraies solutions aux problèmes. Quant c’est la crise, passer des heures sur le forum à prouver l’implication de végétariens fans de Mylène Farmer ayant préempté le FMI ressemble quand même un peu à de la perte de temps. Pourquoi faire les efforts nécessaires pour enrayer la chute de la lecture chez les djeunz quand on consacre déjà son intelligence supérieure au noble artisanat dit de « la moustache d’Hitler sur opposant » ?

Si le complot est inquiétant, le théoricien lui est plutôt rigolo en fait.

Bref, le complot, je n’y crois pas. A part dans mon X-Files ou dans mes comics de Morrison et Ellis.
Ou… Non, en fait il y a un complot auquel je crois. J’ai beau lutter, celui-là je suis persuadé qu’il existe vraiment. C’est le complot du gros con d’Internet. Celui qui cherche à vous persuader qu’il n’y a que des cons sur terre ou au moins sur Internet. Celui qui poste sous 50 pseudos différents en-dessous d’un article pour y mettre ses commentaires racistes, mysogines, antisémites, débiles, méprisants ou égoïstes. Du genre de celui qui va commenter un témoignage de professeur de ZEP dépressif en lui disant que c’est bien fait pour sa gueule vu qu'il a fait grève comme tous ses connards de potes staliniens. Tous ces commentaires qui vous donnent envie de vous pendre avec votre RJ 45.
Parce que moi, je sais très bien qu’en fait c’est toujours le même. Une seule personne. Et si on avait un compteur pour le reconnaître à chaque fois, il serait beaucoup moins inquiétant. Ça en ferait un con connu, un bon con, le con qu’on serait presque heureux de retrouver en bas de chaque nouvel article.
Mais là, on n’a pas de preuve. Alors je doute...

lundi 22 novembre 2010

Politique rebelle.

Les filles préfèrent les mauvais garçons et les garçons aussi. A part que dans le premier cas c’est pour sortir avec et, dans le second, c’est plutôt pour en suivre les aventures.
Difficile d’ignorer la fascination qu’exercent l’anti-héros, le rebelle, le petit délinquant, le super flingueur et toutes les variantes du genre. La culture, et surtout la contre-culture, en regorgent, leur donnent le beau rôle, la jolie demoiselle et la victoire à la fin.
Mais, ces derniers temps, il me semble bien y avoir une nouvelle voie dans laquelle le bad boy peut trouver le succès : la politique.

Stone Cold Steve Austin, par exemple, il a tout pour réussir en politique !

Cette voie est par contre semée d’embûches et l’aspirant politique aura beaucoup à faire pour atteindre le graal du casier judiciaire bien rempli.
Il pourra commencer par une simple suspicion de conflits d’intérêt, comme pour Nora Berra et Frédéric Lefebvre dont les activités passées s’accordent mal avec leurs nouvelles responsabilités. Une accusation grave mais qui, en France plus que dans les pays anglo-saxons, n’est que rarement sujette au regard de la justice. Personnellement, je ne fais pas suffisamment confiance à l’honnêteté naturelle de l’être humain pour traiter ça par-dessus la jambe, mais pourquoi pas. On sait que de ce côté-là, l’exemple vient d’en haut avec un président qui a fait du mélange des genres un véritable art de vie.
Le conflit d’intérêt, pour moi, c’est un peu comme l’ancien vilain qui essaye de changer de vie et s’acoquine avec notre bon vieux héros. Dans Dragon Ball, Végéta, il a beau aider Sangoku, au vu de son passé, on s’en méfiera toujours. Et personnellement, moi, je n’irais pas voter pour Végéta (pas pour Sangoku non plus vous me direz, il est bien trop con).

Aucune chance d'être élu, celui-là par contre.


Dans le petit manuel de l’homme politique pas tout blanc, le chapitre suivant porte sur l’utilisation critiquable de ses attributions. On pense notamment aux nombreux salaires démultipliés, aux retraites dorées et aux appartements de fonctions, voire HLM pour les plus audacieux tel Benoist Apparu.
On est déjà au niveau de ceux qui estiment que s’ils ont l’occasion de se servir, ce serait idiot de se priver. Plus les règles sont vagues, plus elles seront alors tordues pour permettre de se faciliter la vie.
On pourrait comparer cela à l’idée du héros qui est prêt à aider mais qui veut se faire payer pour cela. Des Heroes for Hire de chez Marvel Comics au bon Ryo Saeba du manga City Hunter (même si lui veut surtout être payé en petites culottes, ce que je peux comprendre), les exemples sont légions et servent surtout à rehausser le profil des héros désintéressés. En politique, ça fait tout de suite moins rire vu qu’aux dernières nouvelles les responsabilités s’accompagnent déjà de salaires plutôt honorables.

Enfin, le diplôme de l’anti-héros politique est obtenu lorsque l’on a effectivement été condamné par la justice et qu’on peut donc arborer fièrement son statut avalisé par un juge.
On pense ici au revenant Alain Juppé, condamné en 2004 à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris (et déjà fortement inquiété pour prise illégale d’intérêts pour l’affaire de l’appartement de son fils) mais aussi à l’auvergnat Brice et ses bonnes blagues de fin de soirée. Du beau linge mais qui a encore beaucoup à faire pour atteindre les maîtres du genre, toujours réélus, Patrick Balkany et Serge Dassault.
Une fois qu’on a été condamné, la ligne blanche a été franchie. On ne sera plus jamais un héros, à peine peut-on espérer devenir un anti-héros qui fascine autant par son côté maléfique que par sa pseudo morale. Du Punisher de Marvel qui tue pour la justice à Dexter le serial-killer de la série éponyme, on sait que les anti-héros doivent ce qu’ils sont à un passé plus que difficile. Pas sûr que les hommes politiques puissent en dire autant…

S’il y a besoin d’un hymne pour nos hommes politiques corrompus…

« Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument. » Une vraie belle citation en mode bac de philo après un bachotage de dernière minute.
Les quelques exemples ci-dessus (centrés sur la droite au pouvoir mais qu’on pourrait facilement élargir à certains hommes politiques à gauche) en font une vérité communément admise. Celle qui sert de terreau à ce populisme qui tâche et qui débouche bien vite sur un « tous pourris » des familles.
Et, pourtant, en regardant notre gouvernement tout beau tout neuf, on réalise que ceux qui ont « fauté » ne s’en sortent pas si mal. Si le français est prompt à s’indigner sur l’honnêteté de nos dirigeants, l’électeur ne semble jamais tenir compte de ce critère une fois placé devant l’urne. Suspecté, poursuivi ou condamné, l’homme politique peut toujours rebondir et même se faire le chevalier blanc qui accuse l’adversaire d’être un délinquant.

Signé Xavier Delucq pour Le Post.

Alors, en politique comme en comics ou en mangas, le temps des boy-scouts est-il définitivement passé ? A-t-il même jamais existé ?
Je ne cesse de me dire qu’une moralisation de la vie politique serait un grand pas en avant. Vivement que le Karachigate ou l’affaire Bettencourt explosent à la face des responsables et que tout notre paysage politique en soit transformé.
En même temps, cela me fait peur. Cette moralisation ne servirait sans doute qu’à renforcer les partis populistes et la politique de caniveau où les attaques personnelles l’emportent sur les idées… Si les seuls gagnants de tout cela ne pouvaient être que les extrêmes ?
Au moins peut-on se dire aujourd’hui que les hommes politiques sont le reflet de la société et de notre petitesse, nous citoyens…

dimanche 7 novembre 2010

Liberté de la presse : pas de quoi se la péter.

 Période de merde pour la France. A quel point de vue, me demanderez-vous ? Pas qu’un. Mais, aujourd’hui, on va regarder là où ça fait mal : la liberté de la presse.
Quelques faits pour commencer : selon l’ONG Reporters sans Frontières, le journalisme n’a jamais été en aussi mauvais état en France qu’aujourd’hui. Cool. Dans  le classement annuel des pays où la presse effectue son travail dans de bonnes conditions, la France n’a cessé de dégringoler depuis 2007. En 2010, la France a donc l’insigne honneur d’atterrir à la 44e place du classement et d’être placée derrière la Papouasie – Nouvelle Guinée, le Surinam ou encore la Jamaïque. Avec tout le respect que je dois aux papous de Nouvelle Guinée, aux compatriotes d’Edgar Davids et aux rastafaris, on n’a pas l’air cons déjà.

Vous pouvez vous moquer mais, au moins, lui, il respecte la liberté de la presse.

Ce classement est établi à partir de critères plus ou moins obscurs pour le commun des mortels. Et pourtant, pas besoin d’être un putain de génie pour arriver au même constat, surtout ces dernières semaines. Une fois de plus, l’affaire Bettencourt schlingue et balance ses effluves depuis la tête de l’état jusqu’aux journalistes chargés de l’enquête : simultanément, trois ordinateurs ont été volés dans trois rédactions différentes. Une attaque groupée sur les informations rassemblées par les journalistes. Effectuée avec compétences mais sans aucune discrétion. Comme pour intimider ou pour démontrer que personne n’est hors de portée (à ce sujet lire l’analyse de Daniel Schneidermann).
Aujourd’hui, bien malin celui qui pourra affirmer haut et fort qui est responsable sans se prendre une attaque pour diffamation dans la vue. Tout le monde a sa petite idée mais ça ne suffit pas. S’il y a une chose de sûre, c’est qu’il ne fait pas bon être journaliste d’investigation sur les sujets qui gênent tout là-haut. Certains doivent commencer à faire dans leur slip et à mettre en place quelques techniques à la mode Spooks ou Alias. On les comprend.

Quand je vois ça, je me dis que le journaliste a intérêt à être un être d’exception pour passer entre les gouttes : comme le sont tous ceux qui font leur métier dans les plus beaux pays du monde (Chine, Russie, Birmanie…).
Des héros, tous ceux là. Les modèles de leurs camarades de fiction : les Superman, Tintin, the Question*, Spider-Jerusalem et autres Lone Gunmen. Fascinant par son métier autant que par ses qualités, le journaliste est un modèle privilégié du héros combattant pour la justice et la vérité. Dans les comics et les séries, le journaliste est donc un défenseur, un protecteur, celui qui par ses talents ou ses pouvoirs peut aller là où les autres ne sont pas admis pour mettre en lumières les noirs secrets de ses ennemis ou de la société.

Le journaliste emmerde le pouvoir et c'est son boulot. Merci Spider, tu peux lâcher la pose.

Pourtant, dans notre bonne vieille et triste réalité, c’est le contraire : les journalistes doivent être protégés pour faire leur boulot d’intérêt général. Aux dernières nouvelles, la formation en école de journalisme n’incluant pas de savoir résister aux balles ou d’être champion de muay thaï, on s’attend à ce que ce soit l’Etat qui garantisse les conditions nécessaires au journalisme. Et, il semblerait qu’on soit bien cons de s’y attendre justement car, selon nos dirigeants, ça ne les concerne pas.
Et ça, ça met en rogne quand même. On ne va pas demander à ce qu’ils nous révèlent sur un plateau qu’ils espionnent, écoutent voire cambriolent mais on aimerait bien quand même qu’ils aient un minimum d’hypocrisie pour avoir l’air choqués. C’est sans doute trop demander…
Reste seulement à espérer que les journalistes arriveront à s’en sortir seuls voire contre tous. Vous y croyez, vous ? Moi j’ai du mal depuis qu’au JT de 20h de France 2 mercredi soir, l’information sur les accusations d’écoute du Canard Enchaîné a été traitée en tant que brèves à 20h20, sans images et sans aucun putain de commentaire. Merci Pujadas pour votre engagement en faveur de vos confrères.

C'est sûr qu'en interview, y a pire.

Car, oui, il n’y a pas que le journaliste héros, curseur de la démocratie en bonne santé, il y a aussi le journaliste carpette qui lit les communiqués du pouvoir.
A méditer.

*Je viens de me terminer la relecture du second recueil de la série et c’est toujours un vrai bonheur de lecture. Dennis O’Neil a vraiment la plume pour aller chercher les sujets sérieux (contamination des sols, républiques bananières et autres) et y confronter son héros de plus en plus philosophe. Un régal, je conseille.

lundi 1 novembre 2010

La machine à voyager dans la politique.

Un "long" weekend : trois jours. Ça paraît énorme avant que ça ait commencé. Une fois lancé, ça parait juste normal et, après coup, on pourrait jurer que c'était tout aussi court que d'habitude. Il y a peu de choses plus flexibles que notre perception du temps. C'est sans doute ça qui rend aussi fascinant les nombreuses fictions présentant des voyageurs temporels. Lorsque je suis devant Doctor Who, je n'ai aucun mal à croire qu'il est possible de manipuler le temps pour s'y déplacer comme sur une autoroute. Tout simplement parce que nous avons la sensation chaque jour que le passage du temps est tout sauf immuable.
Cette introduction m'amène, comme toujours, à faire un parallèle avec notre bonne vieille politique française : depuis 2007, le temps politique semble s'être grandement accéléré à l'impulsion de Nicolas Sarkozy et de son parti. Les déclarations des hommes politiques ne se sont jamais succédé aussi rapidement, mettant à profit autant que possible les nouvelles technologies.

The Tardis of Doctor Sarkozy.

Occuper le terrain, afficher bruyamment ses opinions et surtout démontrer toujours davantage qu'on agit, qu'on réforme et surtout qu'on ne cède pas. Chaque action et chaque déclaration efface la précédente, l'empêchant d'être analysée et donnant cette impression d'urgence, de temps qui s'accélère.
Mon sentiment est que cette nouvelle manière de faire de la politique, en plus de remplacer le fond par la forme, est la principale cause de l'apparition de ce qu'on appelle "la droite décomplexée".
Qu'est-ce que la droite décomplexée ? Pour moi, c'est cette frange de l'UMP qui est prêt à faire sienne un discours autrefois réservé au Front National et qui choque jusqu'à l'international. C'est aussi cette aile du parti qui arrive à provoquer des remous à l'intérieur même de l'UMP avec ses positions les plus polémiques (quelques exemples ici, et encore ici). Si la droite décomplexée a ses porte-étendards, elle se manifeste à l'occasion dans les discours de nombreux hommes politiques à droite et pas uniquement ceux appartenant au mouvement Droite Populaire.

La droite décomplexée regrouperait donc des personnes, des groupes, des idées et même une mode. Pas très clair tout ça, et pourtant je fais de mon mieux pour expliquer ! Si, si, je vous jure.
Et si la droite décomplexée était en réalité un concept multiforme ? Voire une entité indépendante qui se manifeste indépendamment de la volonté de ses porte-paroles, pervertissant le discours politique et les valeurs démocratiques de la république ! La droite décomplexée… une incarnation anthropomorphique au même titre que Dream ou Death des Endless (les Eternels en VF) du comics Sandman par Neil Gaiman. Un être qui se déplacerait secrètement au milieu des hommes, les influençant et les transformant subtilement.  Ca fout les jetons, non ?

Lequel pourrait le mieux représenter la droite décomplexée à votre avis ?
Bon. J’aimerais bien y croire mais la droite décomplexée, c’est simplement l’avatar français d’un mouvement international. Le retour vers une politique populiste et anti-immigration qui, bien que minoritaire, étouffe la grande majorité de modérés. On en connaît les conséquences : banalisation de l’extrémisme et mise en danger des minorités fragiles.
Une seule chose à dire donc : soyons vigilants et surtout intraitables avec les dérapages, les sous-entendus et autres appels du pied qui foisonnent sérieusement du côté de notre parti présidentiel. Que les médias continuent à en être commentateurs, et surtout critiques, et que la justice n’hésite pas à condamner chaque fois que c’est nécessaire. Même si on peut regretter que nous soyons dans un pays où un ministre condamné pour injure raciste puisse rester au gouvernement sans que cela indigne qui que ce soit ou presque.

Sans commentaire.
 
C’est la fin de ce petit billet en mode mini coup de gueule auquel je pensais depuis un certain temps.
Si vous avez besoin de vous changer les idées comme moi, je ne peux que vous inviter à découvrir cette superbe série Sandman, commencée il y a déjà 20 ans et que de nombreux lecteurs de comics considèrent à juste titre comme un des chefs d’œuvre du genre. Suivez les aventures de Dream, le seigneur du monde des rêves auprès des hommes, des anges et des démons, à travers les siècles.

The Sandman par Neil Gaiman chez DC Comics : chaudement recommandé.

PS : J’ai récemment commencé la lecture de la série Sandman par l’achat du premier tome de l’édition luxueuse « Absolute » en version originale. La série a également été éditée en français il y a quelques années mais j’ai vu ici et là quelques critiques peu amènes sur le niveau de traduction. A vous de voir...

dimanche 17 octobre 2010

Un cautère sur une jambe de bois, ou l'autre réforme des retraites.

J'ai parlé d'un petit peu tout et surtout n'importe quoi dans mes premiers billets mais il est temps de passer aux choses sérieuses !
La réforme des retraites occupe toutes les discussions depuis de nombreuses semaines déjà, chacun a son avis sur la question et je vais donc vous faire part du mien.

Je crois appartenir à la majorité des français qui s'accordent sur la nécessité d'une réforme rapide mais qui considèrent celle actuellement proposée par le gouvernement comme à la fois inégalitaire et inefficace.
Issue d'un relatif "passage en force", elle n'a intégrée aucune proposition venue de l'opposition ni surtout des syndicats. Ceux-ci n'ont d'ailleurs pas été consultés sérieusement, d'où la grogne actuelle. Elle est entièrement basée sur le report général de l'âge de départ à la retraite, une solution désagréable mais qui en plus ne règlera pas le problème puisqu'une autre réforme sera très vite nécessaire.
Bien-sûr, elle rassure les marchés et tout le monde a bien compris que c'est aujourd'hui la priorité. Il faut suivre les préconisations du FMI, ce qui permet par ailleurs de mouiller par la même occasion DSK, pourquoi se priver ? Bien entendu, on ne lit que ce qu'on veut bien lire et quelques petits malins ont vu dans le rapport du FMI d'autres conseils assez intéressants…
Il est toujours bon de s'afficher avec le garçon le plus populaire du lycée.

On se rend donc rapidement compte en écoutant aussi bien à gauche qu'à droite qu'il y aurait bien d'autres leviers à actionner. La commission Attali elle-même en énonce quelques-uns et pourtant… Attali, quoi. Je ne vais pas vous faire un dessin mais ça en dit long sur les possibilités de faire mieux ou en tout cas autrement.
Bon le modèle suédois, c'est gentillet. C'est très français de dire que les scandinaves font mieux et qu'on devrait faire pareil. Ce qui est pour moi autrement primordial c'est l'emploi des séniors. Ce sujet absolument pas traité dans la réforme, ce véritable problème français qui fait que repousser l'âge revient à baisser les cotisations (ce que le président se refuse à faire hum).
D'un côté on a la théorie : repousser l'âge de départ à la retraite repousse mécaniquement l'âge de départ du monde du travail. C'est un peu la photo du Big Mac dans la publicité.
Et en face on la dure réalité : les entreprises ne comptent rien changer. Ça par contre, c'est ce que vous allez retrouver dans votre boîte en carton après avoir payé.

 
La théorie et la pratique, c'est pareil en fast-food et en politique.

Bref, on est mal barrés. Et je ne peux pas m'empêcher de penser qu'on est dedans à cause d'une vision complètement pourrie des séniors et de la vieillesse en général. Les français sont trop nombreux à être convaincus que la vieillesse c'est le symptôme ultime de l'inutilité et du poids mort. En mode série de science-fiction à deux sous où il y a toujours un épisode où le héros se bat contre une maladie qui le fait vieillir de manière accélérée et où tous les autres personnages le regardent avec un air désolé voire parfaitement méprisant.
On est très loin d'une vision gratifiante de la vieillesse et de la notion d'héritage qui l'accompagne. Un peu comme chez l'éditeur DC Comics dont les héros modernes cherchent souvent le conseil des héros plus âgés, apparus pendant la seconde guerre mondiale et dont les actes font toujours référence. Voilà quelque chose qui nous manque et qui risque de nous attirer toujours davantage de problèmes. Réforme pourrie donc…

 A gauche, Wesley Dodds alias le Sandman : un héros comme on en fait plus.
A droite, le colonel O'Neill de Stargate SG-1 dans une mauvaise passe.
Vous choisissez quoi, vous ?

A vous de me dire si je me trompe sur toute la ligne où si vous pensez vous aussi que les séniors devraient être plus valorisés, et pas seulement dans le monde du travail.
Une dernière chose au fait, je fais partie des pessimistes qui pensent que quoiqu'il arrive, grève ou blocage, la réforme ne bougera plus. Le dernier vote n'est plus dans très longtemps et après, selon moi, le soufflet ne tardera pas à redescendre… Mais que ça ne nous empêche pas d'imaginer la réforme de demain ! En espérant que ce soit un véritable argument de campagne en 2012.

dimanche 26 septembre 2010

Immigration, il serait peut-être temps d'en parler, non ?

Aujourd’hui, je souhaiterais m’attarder un peu sur une polémique qui commence peu à peu à quitter la première page des journaux après l’avoir occupé pendant tout l’été (et je ne parle pas de la fin de Lost). Je pense bien entendu au virage sécuritaire de cet été et, en particulier, à la vague d’expulsion des roms.

On a tout dit ou presque sur le discours de Grenoble (30 Juillet, ce n’est pas si loin en fait) et ses conséquences : indignation générale, tensions internationales, exagérations (un prêtre souhaitant la mort d’un président, je dois avouer que je ne l’avais pas vu venir) et tribunes grandiloquentes dans les quotidiens nationaux.
Je ne m’attarderai pas sur les paroles et actions du gouvernement et de sa majorité, je n’ai personnellement aucun doute sur ce qui les a menés à ça et mon jugement est bien arrêté sur de telles méthodes politiques.

Nicolas Sarkozy et le président roumain : on la sent un peu la tension quand même...

En fait, là où votre avis m’intéresse, ce serait plutôt sur ce qu’on a entendu de la part de l’opposition.
On a reproché la manipulation populiste, la technique de l’écran de fumée, le manque de diplomatie ou encore le mensonge éhonté (la circulaire citant « les roms » comme cibles prioritaires en étant un bon exemple). Et, tout cela mérite reproche, je suis bien d’accord.
Pourtant tout cela n’a pas donné lieu à un débat sur la politique à adopter en matière d’immigration.

Or, que savons-nous concrètement des intentions de l’opposition sur l’immigration si elle devait revenir au pouvoir ? Le PS a-t-il proposé qu’on régularise les sans papiers ? Du côté du Modem, considère-t-on que les reconduites à la frontière doivent remplir des objectifs chiffrés ? Pour les Verts, doit-on continuer à renvoyer des citoyens roumains chez eux avec quelques centaines d’euros en poche alors qu’ils seront bientôt européens à part entière ? Mystère. Est-ce seulement moi qui ne suis pas au courant de leurs propositions en la matière ou font-ils tout pour ne pas les médiatiser ?

Le seul homme de "gauche" (joke inside) dont je connais les opinions sur l'immigration.

Il faudrait que cela change et rapidement car ces questions ne disparaîtront pas demain. Il doit être possible d’en débattre. Ceux qui soutiennent ce genre de politique anti-immigration peuvent le faire de bonne foi et avec des arguments (je vous renvoie à cette édito de the Independent qui en est un bon exemple).
Pour moi le principal argument à opposer à tout cela est le rapport avantages/inconvénients. A mon sens, l’immigration irrégulière n’est pas un poids financier majeur pour l’état ni même la principale cause d’insécurité en France. Elle fait par contre vivre d’importants secteurs de l’économie et quelques employeurs sans scrupules. Et je ne parle pas du fait que de nombreux sans papiers payent des impôts depuis des années. La régularisation serait donc un juste retour des choses selon moi. Comme vous le voyez, je suis plutôt partisan de la vision de l’immigration comme une richesse et pas comme un danger (je suis allé à bonne école : des X-men à Superman, de Gran Torino à E.T. ou encore Dark Angel et Roswell, la pop-culture n’hésite pas à se faire la métaphore de l’intégration des minorités).

Il a pas une tête bien de chez nous celui-là...

Mais il y a un problème dont je suis douloureusement conscient : les français sont majoritairement (ou presque) pour l’expulsion des sans-papiers et notamment des roms. On l’a vu avec la timide remontée dans les sondages du président en Août.
Bref, pour l’opposition et les autres, mieux vaut taper dur sur la forme que se poser les vraies questions sur le fond. Vous êtes d’accord ?

dimanche 19 septembre 2010

Journalisme à la française : une impasse ?

Jeudi dernier, au cours d'un déjeuner avec des collègues du travail, la discussion s'est arrêtée quelques instants sur les tensions actuelles entre le gouvernement et les journalistes. Une opinion semblait particulièrement partagée autour de moi : qu'on approuve ou non les actions de Nicolas Sarkozy et de ses ministres, il ne fallait pas négliger le fait que les journalistes étaient également en faute. Pourquoi ? Parce qu'ils étaient trop orientés, trop prompts à critiquer l'action du gouvernement, en un mot : trop de gauche.

Dans tous vos marchands de journaux

Autant vous le dire, je suis loin de partager cette vision des choses. Je ne suis pas dans les rédactions et je ne connais pas personnellement chaque journaliste du Monde, du Figaro, de TF1, de RTL ou autre. Et, en toute honnêteté, ils peuvent bien avoir l'opinion qu'ils veulent, cela ne me préoccupe pas et je vais vous dire pourquoi.
Lorsque j'ouvre un journal ou que je suis devant mon JT, je ne ressens pas cette partialité, loin de là. L'impression que j'ai, c'est plutôt d'une neutralité molle dans la majeure partie des cas (Marianne faisant exception par exemple). Par "molle", je veux dire que les journalistes ont un peu trop souvent tendance à relater les déclarations et les évènements sans y apporter du sens ou une sorte de "valeur ajoutée". N'est-ce pas la raison pour laquelle la plupart des français ont tant de difficultés à juger de la validité des affirmations voire promesses de campagnes de nos hommes politiques ?

Si ça ne tenait qu'à moi, je préfèrerais encore que les journalistes affichent plus ouvertement leurs opinions. Une fois que vous savez que tel journaliste est plutôt social-démocrate, tel autre libéral, même si son discours est orienté, vous savez à quoi vous en tenir, non ? Sur ce thème, je suis donc complètement en ligne avec Jay Rosen, un spécialiste des médias américains récemment interviewé sur le site du Monde.
C'est bien une vision du journalisme très américaine, voire très anglo-saxonne, complètement à l'opposé de l'idéal journalistique français. De l'autre côté de l'Atlantique et de la Manche, le journaliste affiche ses idées et fait tout pour les défendre, sans hypocrisie. Hélas, j'ai bien peur que cet idéal ait trop de plomb dans l'aile pour qu'on continue à baser le journalisme d'aujourd'hui sur un socle absolu de neutralité.

Sans être obligé d'aller jusque là...

Comment en suis-je venu à vous parler de ces quelques idées ?           
Une rencontre assez fortuite entre cette discussion impromptue entre collègues et ma lecture comics du moment : un recueil d'épisodes parus début 1987, les débuts de la série The Question parue chez DC Comics. Une série particulièrement noire, à la croisée des influences du polar et de la tradition américaine du "vigilante". Centrée autour de Vic Sage, alias Charles Victor Szasz alias le héros la Question, l'histoire est située dans une ville fictionnelle (à l'image de Metropolis ou Gotham City) : Hub City qui se caractérise par sa corruption galopante et le désespoir global qui y règne. Si comme Clark Kent, il est également un journaliste, Vic Sage opère sur les plateaux télé, révélant ses scoops sur les politiques corrompus en prime-time.

Et la Question est justement un héros particulièrement engagé. Il est guidé par son indignation et elle transparait dans ses paroles comme ici : " I'm a journalist by profession. A journalist's task is to tell the truth, tell it long and loud and shrill until people do something about what's wrong…". Je pense qu'on retrouve ici cette vision anglo-saxonne du journalisme dont je vous parlais plus haut : le journaliste doit dire sa vérité et essayer de convaincre ses lecteurs/auditeurs/spectateurs que sa vérité est la vérité.
C'est la lecture de ce passage qui m'a fait me poser toutes ces questions et me demander ce qui me manquait dans le journalisme français aujourd'hui. Marrant ce qu'on peut trouver dans un comics parfois !

Le premier recueil de la série The Question : Zen and Violence édité par DC comics

A vous de me dire ce que vous en pensez, je me demande si je suis le seul à voir les choses ainsi (de ce côté de l'Atlantique en tout cas). Et si cet avant-goût du comics The Question vous a fait envie, sachez que la série est disponible intégralement en recueils (en anglais dans le texte) dans toutes les boutiques spécialisées ou chez les libraires en ligne.

A très bientôt pour un prochain billet.