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dimanche 14 novembre 2010

La technique du bluff : Programme et Remaniement.

Sacré actualité cette semaine. Il y en avait pour tous les goûts et de tous les côtés.
On commence par la plus croustillante : le remaniement. L’apothéose de cinq mois de « suspense » (non, je déconne) à la française avec intrigues, retournements de situation, petites phrases assassines et reportages dans tous les JTs du PAF.
Sarkozy se sera fait bien plaisir en agitant les fils de ses marionnettes à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement. Au prix d’une période riche en immobilisme mais, bon, le roi danse, comme on dit. Ce qui m’aura particulièrement frappé, c’est notamment l’affichage en gros des égos et la perte de crédibilité associée. J’avais cru comprendre que la priorité pour Sarkozy était de se refaire une virginité politique suite aux nombreuses polémiques de l’été et au clash des retraites. Il aurait eu tout à gagner à insister sur le fait que son gouvernement travaillait, qu’ils visaient tous un objectif commun. Un truc dans le genre. Mais là, avec ce qu’on a vu ces dernières semaines, les français ont surtout vu des rivalités internes et des hommes politiques qui privilégiaient leur avancement aux préoccupations des français.

Le résultat n’est pas vraiment à la hauteur des espérances (au niveau surprises du chef) avec un Fillon maintenu et un Boorlo qui s’en va bouder, mais il faudra s’en contenter. Heureusement, de nombreux médias essaient de nous vendre LA SURPRISE DU REMANIEMENT : il est annoncé au cours d'un Week-end !!! C’est sûr que ça décoiffe. J’en suis tout retourneboulé. Ça me rappelle quand on a découvert il y a quelques semaines que c’était Kane qui avait agressé l’Undertaker en fait. Que d’émotions. Oui, je compare la politique au catch, je fais ce que je veux.
Ayons l'air surpris.

Bon, je me moque mais la vérité c’est que Sarkozy nous a fait un bon coup de bluff. Moi, par exemple, je comptais vous faire un joli billet uniquement dédié à l’actualité du parti socialiste, à savoir la présentation du texte dit « de Benoit Hamon » et le micro-drame qui s’en est suivi. J’ai plein de trucs à dire mais je me suis quand même senti obligé d'écrire quelques mots sur le remaniement qui vient de tomber. A l’image des médias qui vont consacrer la majeure partie de leurs infos à ce sujet et non pas aux réflexions de l’opposition, aux casseroles judiciaires ou à tous les sujets délicats car de fond. Bref, le bluff du remaniement sans cesse repoussé aura bien servi à quelque chose. Qui sait ? Ils vont peut-être même regretter de l’avoir déclenché maintenant et pas début décembre ?

De l’autre côté donc, nous avons la sortie du texte sur l’égalité réelle rédigé par plusieurs contributeurs mais porté par le porte parole du PS, Benoit Hamon. Face à la séquence remaniement du gouvernement, les socialistes ont voulu (pour une fois) la jouer sur le fond. Pas con.
Le texte est un recueil de propositions, plus ou moins marquantes ou innovantes mais qui sont censées participer à la réflexion sur le futur programme du candidat socialiste aux présidentielles. Tout le monde s’accorde à dire qu’un grand nombre de ces propositions sont très à gauche et surtout potentiellement très lourdes pour le budget de l’état. Et c’est là que le bat blesse. Les auteurs ont fait le choix, sacrément contestable, de se contenter d’énoncer tout ce qu’ils souhaiteraient faire s’ils étaient au commande. Grosse connerie. Les français reprochent toujours autant au PS de dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas et de n’avoir aucune culture de gouvernement. C’est con que personne n’ait pensé à proposer plutôt une liste sur ce qu’ils POURRAIENT faire vraiment une fois au pouvoir avec les financements associés.

Difficile de faire compliqué en politique. Ils essaient tous de nous vendre du simpliste.

Ce qui fait que le texte se transforme bien vite en boulet. Les socialistes se prennent la tête entre le courant des « réalistes » et celui des « idéalistes », l’UMP rigole et Benoit Hamon n’est même pas foutu de défendre efficacement ses choix.
J’ai beau être un idéaliste (sinon je ne lirais pas des bande-dessinées sur des mecs portant leur slip par-dessus leur pantalon et protégeant la veuve et l’orphelin), j’ai vraiment du mal à les suivre cette fois-ci. On sait que les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut et que les politiques sont plutôt doués à ce jeu-là. Est-ce que ça veut dire qu’ils ne servent plus à rien ? Que les programmes politiques peuvent se contenter d’être des déclarations d’intention ? Est-ce que c’est la jurisprudence Obama avec une campagne basée sur du rêve et du story-telling ?

Franchement, je serais étonné que cela fonctionne. On est en France, pas au pays des présidents acteurs et du rêve américain.
Jamais le PS n’arrivera à gagner des votes avec ce genre de publicité. On leur reprochera toujours de manquer de sérieux et de réalisme… Encore raté.

mercredi 27 octobre 2010

Liberté – Sacré – Sécurité : les étoiles semblent bien lointaines.

Le Week-end dernier, j’avançais lentement mais sûrement mon visionnage de la troisième saison de Battlestar Galactica (oui, j’ai pris l’habitude de regarder toutes mes séries ou presque avec une voire plusieurs années de retard…).
Ce qui me plaît dans cette série, c’est la cohabitation d'une vision futuriste et de problématiques bien actuelles.
L’action se situe quand même dans des vaisseaux spatiaux géants traversant la galaxie en essayant d’échapper à une race robotique et intelligente, les cylons. Tout ce qu’il faut pour plaire à ceux qui comme moi ont eu leur enfance bercée par Star Wars, les romans d’Isaac Asimov et de Frank Herbert. Les personnages, eux, se débattent dans des intrigues amoureuses, politiques et religieuses.

 Isaac Asimov. Ça, c'est de l'auteur.

Le fond religieux est même un peu trop présent à mon goût avec des prophéties et des divinités issues de la mythologie gréco-romaine présentes dans chaque épisode entre les cyborgs et les sauts dans l'hyperespace. Un mélange qui ne me parle pas trop.
Je suis un athée convaincu. Si on me demande mon avis, la religion est à l'avancée humaine ce que la politique est à un repas de famille : le meilleur moyen de pourrir l'ambiance et de s'assurer que personne ne va pouvoir s'amuser (souvent le Vatican fait tout ce qu'il peut pour s'assurer que je ne change pas d'avis, comme ici). Donc un futur lointain avec une science avancée mais plein de religions, ben… je n'y crois pas trop.

C'est sûr que ce n'est pas lui qui irait nous créer des cylons.

A côté de cela, les scénaristes aiment aussi jouer sur le thème de la sécurité et de tous ce que les hommes sont prêts à abandonner lorsqu'ils se sentent menacés : la démocratie et les libertés fondamentales, par exemple. Ca nous parle, hein ?
Quand certains militaires sont prêts à torture pour identifier des cylons infiltrés, tout le monde comprend qu'on parle de guerre contre le terrorisme à l'américaine. Mais, plus proche de nous, ca me rappelle aussi ce qu'on entend de plus en plus à droite : "la sécurité est la première des libertés". C'est même devenu le leitmotiv des membres de la Droite Populaire au sein de l'UMP (du côté où on fricote avec le FN). Un adage sacrément dangereux selon moi, il laisse entendre que la sécurité vaudrait tous les sacrifices, notamment celui de la liberté de circuler ou de la vie privée. Carrément con comme idée. Ce qui n'empêche pas la gauche de s'y engouffrer comme un seul homme au lieu de marquer sa différence. On n'est vraiment pas aidés…

Est-ce si difficile d'orienter le débat sur d'autres thèmes pourtant ? L'opposition doit-elle systématiquement jouer sur le même terrain que le gouvernement ? Je pense carrément le contraire et je le montre avec une idée bien farfelue pas plus tard que maintenant.
Les élections ça devrait se gagner sur des programmes ambitieux et novateurs : moi, je veux qu'un candidat me promette de tout faire pour relancer un programme européen de conquête spatiale.
Ras le bol d'entendre parler chaque mois d'une nouvelle planète "peut-être" habitable mais encore complètement inatteignable. Je veux, de mon vivant, voir des images de ces planètes avec des mecs tout blancs qui sautillent comme des kangourous. Je veux aller manifester contre une multinationale qui exploite les ressources de la lune à tout va, comme dans le film Moon. Et je veux visiter une station spatiale, aussi (ça marche si on est milliardaire).
C'est aussi à ça que devrait servir la politique, comme dans les années 60 aux USA : à regarder vers les étoiles et à préparer le futur. On ne va quand même pas commencer à regretter l'époque de la guerre froide quand même, si ??

Moi je vote pour lui. Direct.

Bon. Ou sinon avoir un programme électoral centré sur l'éducation et la recherche. Ce serait déjà bien (mais j'aimerais bien aller dans l'espace quand même…).

Et vous alors, vous n'auriez pas des idées un peu dingues sur une autre manière de faire de la politique ?

PS 1 : tout ça à cause de Battlestar Galactica. Imaginez un peu ce que m'inspire Dexter…
PS 2 : vraiment désolé pour le retard dans l'arrivée de ce nouveau billet, la semaine a été particulièrement bien remplie !

dimanche 10 octobre 2010

La tortue PS.

Après une petite pause la semaine dernière, me voici de retour en pleine forme pour un nouveau billet !

Je poursuis sur ma lancée de la dernière fois pour vous parler de la (très) lente montée en puissance du parti socialiste en vu des prochaines présidentielles.
Ces dernières semaines (voire mois et années), un des grands plaisirs de l'UMP a été de fustiger le manque de propositions concrètes du côté du PS.
La réforme des retraites aura permis à Xavier Bertrand de s'illustrer avec un bel exemple du genre puisqu'il a proposé un débat à Martine Aubry… après le vote à l'assemblée !

 On dirait qu'on a tout rangé. C'est sans doute le moment de débattre.

Cette manœuvre, je la rapprocherais du "coup divin" en go (les lecteurs du manga Hikaru No Go me comprendront, les autres moins). L'adversaire a obligatoirement perdu quel que soit son prochain coup.
Soit il refuse le débat, comme ici, et se fait donc reprocher d'être dans l'opposition gratuite et sans idées, soit il l'accepte et se retrouve dans une position intenable à défendre un projet hypothétique face à un projet voté et bouclé. Bilan des courses : 1 à 0 pour Xavier Bertrand. C'est pour moi particulièrement malhonnête de procéder ainsi quand la réforme aurait justement du être collégiale et intégrer les propositions venant aussi bien de l'opposition que des syndicats. Mais on a eu droit à l'exact opposé avec une réforme venu d'en haut et décidée par un seul camp. Nous ne vous disons pas merci monsieur Bertrand.

Comme Xavier Bertrand, un bon joueur de go ne doit pas négliger de s'entrainer aussi au pipeau.

Heureusement, le PS ne se fait pas toujours avoir avec autant de facilité. Il peut même lui arriver, chose incroyable, de prendre l'initiative. Ce samedi, le PS a ainsi présenté son programme de politique étrangère pour les prochaines années.
On y apprend notamment qu'il est favorable à un gouvernement économique européen, qu'il réfléchit à quelque chose qui ressemble fortement à un protectionnisme européen et qu'il compte bien faire sortir la France du commandement intégré de l'OTAN. Rien de très surprenant, vous en conviendrez, mais c'est justement ça le plus fort : ça n'a pas besoin d'être révolutionnaire.
Je me demande même s'il est si important que les idées soient bonnes. Aujourd'hui, le PS a besoin de communiquer sur le fait qu'il a des idées réalistes, développées et qui sont partagées par la direction et les militant. C'est le seul moyen de convaincre qu'il est à nouveau prêt pour l'alternance après 17 années de présidence de droite.

Pour ma part, toutes les propositions visant à renforcer l'organisation européennes sont en tout cas bonnes à prendre. Je rêve d'une union européenne avec une gouvernance forte à même de contrebalancer l'influence des américains en Occident.
Reste à espérer que les américains nous en laisseront le temps et qu'il ne se serviront pas de leur soldat du futur pour nous envahir…

Un marine 2.0 sur le point de faire un massacre.

Et vous alors, ça vous fait peur ? Suffisamment pour compter sur le PS pour vous en protéger ?

dimanche 26 septembre 2010

Immigration, il serait peut-être temps d'en parler, non ?

Aujourd’hui, je souhaiterais m’attarder un peu sur une polémique qui commence peu à peu à quitter la première page des journaux après l’avoir occupé pendant tout l’été (et je ne parle pas de la fin de Lost). Je pense bien entendu au virage sécuritaire de cet été et, en particulier, à la vague d’expulsion des roms.

On a tout dit ou presque sur le discours de Grenoble (30 Juillet, ce n’est pas si loin en fait) et ses conséquences : indignation générale, tensions internationales, exagérations (un prêtre souhaitant la mort d’un président, je dois avouer que je ne l’avais pas vu venir) et tribunes grandiloquentes dans les quotidiens nationaux.
Je ne m’attarderai pas sur les paroles et actions du gouvernement et de sa majorité, je n’ai personnellement aucun doute sur ce qui les a menés à ça et mon jugement est bien arrêté sur de telles méthodes politiques.

Nicolas Sarkozy et le président roumain : on la sent un peu la tension quand même...

En fait, là où votre avis m’intéresse, ce serait plutôt sur ce qu’on a entendu de la part de l’opposition.
On a reproché la manipulation populiste, la technique de l’écran de fumée, le manque de diplomatie ou encore le mensonge éhonté (la circulaire citant « les roms » comme cibles prioritaires en étant un bon exemple). Et, tout cela mérite reproche, je suis bien d’accord.
Pourtant tout cela n’a pas donné lieu à un débat sur la politique à adopter en matière d’immigration.

Or, que savons-nous concrètement des intentions de l’opposition sur l’immigration si elle devait revenir au pouvoir ? Le PS a-t-il proposé qu’on régularise les sans papiers ? Du côté du Modem, considère-t-on que les reconduites à la frontière doivent remplir des objectifs chiffrés ? Pour les Verts, doit-on continuer à renvoyer des citoyens roumains chez eux avec quelques centaines d’euros en poche alors qu’ils seront bientôt européens à part entière ? Mystère. Est-ce seulement moi qui ne suis pas au courant de leurs propositions en la matière ou font-ils tout pour ne pas les médiatiser ?

Le seul homme de "gauche" (joke inside) dont je connais les opinions sur l'immigration.

Il faudrait que cela change et rapidement car ces questions ne disparaîtront pas demain. Il doit être possible d’en débattre. Ceux qui soutiennent ce genre de politique anti-immigration peuvent le faire de bonne foi et avec des arguments (je vous renvoie à cette édito de the Independent qui en est un bon exemple).
Pour moi le principal argument à opposer à tout cela est le rapport avantages/inconvénients. A mon sens, l’immigration irrégulière n’est pas un poids financier majeur pour l’état ni même la principale cause d’insécurité en France. Elle fait par contre vivre d’importants secteurs de l’économie et quelques employeurs sans scrupules. Et je ne parle pas du fait que de nombreux sans papiers payent des impôts depuis des années. La régularisation serait donc un juste retour des choses selon moi. Comme vous le voyez, je suis plutôt partisan de la vision de l’immigration comme une richesse et pas comme un danger (je suis allé à bonne école : des X-men à Superman, de Gran Torino à E.T. ou encore Dark Angel et Roswell, la pop-culture n’hésite pas à se faire la métaphore de l’intégration des minorités).

Il a pas une tête bien de chez nous celui-là...

Mais il y a un problème dont je suis douloureusement conscient : les français sont majoritairement (ou presque) pour l’expulsion des sans-papiers et notamment des roms. On l’a vu avec la timide remontée dans les sondages du président en Août.
Bref, pour l’opposition et les autres, mieux vaut taper dur sur la forme que se poser les vraies questions sur le fond. Vous êtes d’accord ?